…et un petit bout de Turquie

 

Une heure et demie de ferry bouleverse notre environnement. À Marmaris, le chant des muezzins et les mosquées remplacent les églises orthodoxes, l’alphabet latin fait son retour après le cyrillique et le grec, les visages sont plus tannés et les goûts plus variés. Depuis notre dernier billet à la mi-janvier, notre carnet d’adresses et nos cœurs se sont enrichis de multiples nouveaux visages et patronymes.

C’est tout d’abord à Rhodes qu’Emmanuelle et ses 4 enfants, Elisa, Tessa, Nefeli et Alexandre nous accueillent dans leur maison au sommet d’une colline de Afantou, au milieu de leurs 3 ânes, de leur étalon et de leur basse-cour caquetante. Nous avions rencontré Emmanuelle et son mari Michalis sur les marches du théâtre d’Epidaure dans le Péloponnèse et ils avaient proposé de nous héberger lors de notre venue sur l’île. Nous passons 2 journées “aux petits soins” dans une ambiance familiale, avec entre autres un spectacle de magie d’Elisa, de longues et tardives discussions avec la maîtresse de maison, les habituelles chamailleries d’une grande fratrie et un véritable rallye pour amener/déposer/rechercher les enfants pour leurs différentes activités. Michalis est malheureusement absent car il travaille en Suisse durant l’hiver et crée des stands d’exposition. Le plus bizarre est de l’avoir au téléphone alors qu’il est à Düdingen, à deux pas de chez nous, et qu’il nous donne des nouvelles du temps, évidemment floconneux, alors que nous sommes auprès de sa femme et de ses enfants qui lui manquent… Comme une sensation de bug spatio-temporel !!!

Sur le ferry nous menant vers la Turquie, nous faisons connaissance de Clément, un cyclo français en route comme nous pour l’Asie mais par un chemin différent, et de Dan & Finn, deux jeunes étudiants allemands voyageant en auto-stop vers Burdur pour y travailler dans une ferme bio. Après notre premier kebab, nous camperons ensemble dans un parc au centre-ville, au milieu des immeubles d’habitations. Nous hallucinons lorsque Clément nous annonce avoir voyagé plusieurs semaines avec Dario Eberle, un autre cyclotouriste de Fribourg. Clément voyage avec un tout petit budget et nous admirons sa persévérance à trouver des solutions pour que son aventure puisse durer (on rit encore de le voir plié en deux dans un container derrière un supermarché, à glaner les fruits et légumes jetés malgré leur bon état, et d’en ressortir avec en main un régime de bananes qui nous servira de dessert).

Plus loin sur la route, après une longue journée qui se finit sous les trombes d’eau, c’est Serkan qui nous hèle depuis son magasin de vélo alors que nous entrons dans la ville de Muğla où nous voulons passer la nuit. Tout en sirotant du çay, nous faisons connaissance avec son ami Gökhan d’Istanbul et nous amusons des nombreux clients qui tournent autour de nos vélos en commentant chaque détail avec enthousiasme et admiration. Serkan, qui est un véritable passionné de cyclisme, a déjà parcouru plus de 60’000km à travers la Turquie (voir son blog ici). Il roulait même dans la région du lac de Constance il y a quelques mois. Puisque la Suisse essaye tant de s’immiscer dans notre voyage, elle ferait mieux de le faire sous forme de meule de gruyère, pense Gilles… Alors qu’on lui demande pour un bon plan pas trop cher en ville, il nous invite à souper et dormir chez ses parents à Akyaka. Nos papilles se régalent encore des spécialités de la région d’Erzincan, à l’est du pays, d’où sa mère est originaire (sulu köfte, aubergines fumées, …). Nous finirons la soirée à siroter des Efes avec Gökhan et Serkan, avant de verser sur le canapé du salon.

Le lendemain, c’est sous une pluie battante que nous arrivons dans le petit village de Gölçük, après une courte et pénible étape. Pas d’autre village dans un rayon de 20km. Nous demandons donc au quelques personnes présentes dans le point de rencontre-café-salle de jeu s’il y a possibilité de dormir à quelque part. L’un d’eux, Özgür, parle un peu anglais et allemand et envoie son deuxième père Ramazan vérifier à la mosquée s’il pourraient nous héberger (la maman de Özgür est divorcée, fait extrêmement rare ici). Il y a bien une pièce vide, mais il y fait un froid de canard. Ramazan, après quelques minutes, nous fait un clin d’œil bien entendu et nous fait comprendre par les gestes qu’il nous invite chez lui pour le souper et la nuit. Emine, la maman, nous accueille avec son sourire doré. Özgür va récupérer son fils Altan et nous passons à table, enfin à nappe, puisque nous mangeons assis en tailleur autour d’un grand plat. Peu habitués, nous ne tiendrons pas la position plus de 5 minutes et c’est sous les regards amusés que nous déplierons tant bien que mal nos membres endoloris. Nous dégusterons aussi le miel que Ramazan produit tout seul en baladant ses 200 ruches durant les saisons chaudes (3 tonnes par an !!!). La fille de Emine et Ramazan, Çidam nous rejoint plus tard dans la soirée. Elle représente bien à elle-seule la société turque contemporaine faite de modernisme et de tradition à cheval entre les valeurs kémalistes et ottomanes. C’est tous ensemble que nous nous endormons, bienheureux, dans la seule pièce chauffée de la maison.

Nous retrouvons Clément à Pamukkale, et allons visiter ensemble ce site naturel et archéologique classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Les travertines de calcaires se fondent avec le ciel et le plateau qui les surplombe accueille les ruines de la ville antique de Hiérapolis. Nous déambulons toute la journée dans cet environnement magique et ne pouvons nous empêcher, moqueurs, de répliquer les poses extravagantes des nombreux touristes chinois. Cette journée n’améliore pas l’état du genou d’Anaïs qui était douloureux à notre arrivée ici. Le lendemain, le médecin diagnostique une inflammation du cartilage et impose une immobilisation avec attelle pour 1 semaine. Nous passerons donc beaucoup de temps avec la famille Yıldız qui tient l’hôtel Anatolia : Mehmet et Nazifer et leurs deux garçons Mustafa et Veysel. Les repas partagés ensemble, d’innombrables parties de cartes et des virées au bazar ponctuent nos journées.

Le 10 février, nous prendrons le bus pour la ville de Konya et ses fameux derviches tourneurs afin d’éviter un trop grand dénivelé dès le début. Puis direction la Cappadoce que nous nous réjouissons de découvrir sous la neige !

À tantôt