Comme des touristes…

 

Le mois d’arrêt conseillé par le médecin touche à sa fin. Enfin !

C’est sur les hauteurs de Téhéran que nous passons les trois premières semaines dans un studio aménagé pour l’occasion et généreusement mis à disposition par le propriétaire de Stéphane et Sogol, M. Kouros. Chaque nuit, nous nous endormons, bercés par le murmure de la rivière et nous réveillons en admirant le jardin, un petit paradis verdoyant où de nombreux oiseaux gazouillent pour se réjouir de l’avancée du printemps. Il y a pire pour passer une convalescence… En plus, Stéphane et Sogol sont aux petits soins avec nous et en bons hédonistes, nous passons plusieurs moments de qualité ensemble : entre autres, soirée pizza-Game of Thrones, visite d’un marché aux puces au-centre-ville, dégustations de vins suisses, de bourbons américains, de whiskeys indiens et japonais, sirotage de délicieux expressi accompagnés de toutes sortes de sucreries dont les iraniens sont friands, et, cerise sur le gâteau, une raclette vraie de vraie le dernier soir avant notre départ… Après ça on se demande comment on va gérer le retour à la tente et aux repas de riz/nouilles/lentilles !!!

Nos journées sont été assez statiques, Gilles s’occupant de l’intendance pendant qu’Anaïs muscle ses genoux par de multiples séances d’exercices. Les grasses matinées, la lecture, la peinture, les séances de cinéma et les moments avec nos généreux voisins sont été entrecoupés par la fameuse course aux visas que chaque cycliste doit entreprendre à son arrivée à Téhéran pour pouvoir traverser l’Asie centrale (Turkménistan, Ouzbékistan et/ou Tadjikistan). Ces multiples déplacements en ville sont l’occasion de rencontrer d’autres cyclos, inévitablement agglutinés devant les guichets « visas » des ambassades. C’est la haute saison pour tous ceux qui vont à l’est en deux-roues et on découvre là un nouveau type de flux migratoire : d’anciennes connaissances mais aussi de nouvelles têtes, comme Karina et Tim, deux allemands en année sabbatique et en route pour la Chine avec des vélos en bambou, et Binh et Alessio qui vont rejoindre le Vietnam pour s’y installer et démarrer un nouveau projet de vie.

Vers la fin de notre séjour dans la capitale, Stéphane et Sogol nous invitent à aller visiter la ville de Kashan, au milieu du désert au sud de Téhéran. Une de leurs connaissances, Farhad, un prof d’université, nous emmène à travers les étroites ruelles à la découverte de maisons traditionnelles restaurées et d’un hammam. On a droit à un véritable cours d’architecture qui nous permet de mieux appréhender l’ingéniosité nécessaire pour rendre vivables ces habitations au milieu du désert, avec des températures estivales qui peuvent atteindre les 50 degrés. Choix des matériaux, orientation, dômes au lieu de toits plats pour mieux réfracter les rayons du soleil, bassins pour profiter des échanges de chaleur de l’eau, pièces dédiées en fonction des saisons, et surtout une astucieuse subtilité de l’architecture persane qui est utilisée dans tout le Moyen-Orient, le badgir ou « tour du vent » qui est un véritable système de climatisation et de ventilation naturel fonctionnant grâce aux courants et aux différences de pression.

Enfin, au bout de 3 semaines, nous quittons Téhéran pour aller visiter les villes de Ispahan et Shiraz plus au sud. Sans nos vélos mais en véritables touristes avec voyage en bus et valise à roulettes.

Nous découvrons Ispahan après avoir prolongé notre visa iranien pour 30 jours de plus. Greg, un ami de Gilles, lui avait vanté il y a des années les charmes de cette ville et de sa fameuse place de l’Imam (Naqsh-E Jahan Square) entre autres. Nous ne sommes pas déçus !!! Après le brouhaha et le smog de Téhéran, on découvre une véritable oasis de verdure aux allées larges et ombragées, séparée par un fleuve qu’enjambent de multiples ponts et que bordent d’immenses parcs où de nombreuses familles viennent pique-niquer (un véritable sport national ici). Nous déambulons dans le bazar, visitons de nombreuses mosquées et craquons plus que de raison pour des glaces au safran qui nous affolent les babines à chaque fois. Le soir venu nous rejoignons Nik, notre hôte Warmshower, qui nous concocte de délicieux plats végétariens à base de produits bios, une rareté dans ce pays. Nous passons de longues heures à discuter avec lui de calligraphie, de poésie, de géopolitique ou de voyage, tout cela en sirotant un thé bien évidemment. Il est très apaisant et c’est un bonheur de partager 2 soirées avec lui.

À Shiraz, alors que nous sommes sensés fêter en grande pompe notre première année de voyage, le destin nous joue des tours. C’est à Gilles de passer par la case « problèmes de santé » et il se retrouve terrassé par une intoxication alimentaire qui lui empêche tout mouvement si ce n’est de lentes et multiples ascensions vers les toilettes. Anaïs visite alors la ville en solitaire et se mue en infirmière et guide touristique par photos interposées lors de son retour à l’hôtel.

On est de retour à Téhéran pour récupérer nos vélos et paqueter nos affaires. Le 30 au soir nous prenons un bus vers Shiraz avec tout le matériel et allons reprendre le pédalage vers Yazd dans une étape à travers le désert et les sites archéologiques de Persépolis et Pasargad. Youpie !!!

À tantôt