Bukhara, Samarkand et la route de la soif

 

Voilà déjà un mois que l’on a passé la frontière ouzbèke et que l’on ne vous a pas donné de nouvelles, si ce n’est pour vous faire des frayeurs. A ce propos, après un passage à la Clinique Internationale de Tashkent, on est rassurés de savoir que Gilles est en pleine forme et qu’il a seulement souffert de coliques néphrétiques dues à la déshydratation.

Pour nous remettre de notre chevauchée turkmène, nous avions prévu 3-4 jours à Bukhara. Mais l’arrivée de notre ami cyclo autrichien Niko, le déroulement du festival de la soie et des épices ainsi qu’une bonne dose de paresse et d’hédonisme ont contrecarré nos plans. Ça sera donc 8 jours de grasses matinées, de succulents petits-déjeuners, de séances de massages au hammam, d’apéros et de soirées tardives à boire de la bière et fumer la shisha. Sans oublier les siestes à toute heure à cause de la chaleur.

A propos de chaleur, c’est avec les paysages plats et monotones (à l’exception du col Kamchik qui mène à la vallée de Ferghana), le deuxième aspect le plus “remarquable” de nos onze jours de pédalage dans ce pays. Sur ces routes ouzbèkes, un véritable patchwork de revêtements différents, de nids de poule et de fissures, de loin les pires de notre périple, nous grillons tels des cervelas sous des températures avoisinant parfois les 45°C ! Dans ces moments là, nos seuls motivateurs sont les encouragements, les signes de main et les sourires des ouzbèques, et l’espoir de trouver le soir venu un filet d’eau pour se décrasser de la couche de sel et de crème solaire qui nous enveloppe. Heureusement pour nous le peuple ouzbek est très hospitalier et nous serons maintes fois hébergés, nourris et choyés.

L’Ouzbékistan c’est aussi, en vrac :

  • un peuple en or avec sourire en or (parfois même sur les dents de lait)
  • la mode féminine du mono-sourcil (parfois même peint si la pilosité n’est pas suffisante)
  • un mélange improbable de couleurs et de motifs dans l’habillement (parfois même presque hallucinogène)
  • du papier toilette soit élastique, soit rêche et cartonné, un bonheur pour les proctologues du coin
  • des shashliks (brochettes de viande), du plov (riz sauté à la viande de mouton), des somsas (rissoles à la viande) comme nourriture quasi exclusive
  • des routes parsemées d’ânes tractant des charrettes et de Chevrolet de tous modèles (General Motors a eu la bonne idée d’implanter une usine à Andijan)
  • les vaches-débroussailleuses attachées à leur piquet au long de toutes les routes du pays
  • un système d’irrigation très développé et utilisé (on se demande pourquoi la mer d’Aral est vide)
  • des dizaines d’échoppes successives à l’assortiment identique le long des routes (vive la concurrence)
  • la nécessité d’une valise pour transporter son salaire mensuel (d’où une dextérité sans pareil des ouzbeks pour compter les billets)

Il nous reste soixante kilomètres avant la frontière kirghize, alors demain c’est départ à six heures pour éviter les grandes chaleurs. Vivement les montagnes !

A tantôt