Trop dur la vie !!!

 

C’est à chaque fois un déchirement de laisser nos proches s’en aller et c’est non sans quelques larmes que nous étreignons Fabienne et François une dernière fois, eux qui s’en vont profiter des plages de Koh Pha Ngan au sud du pays. Quelle belle semaine nous avons passé en leur compagnie, comblés par leurs attentions, leur générosité et leur affection. Tout en maudissant le portique de l’aéroport, qui tel un trou noir avale les dernières étincelles de nos regards, nous nous réconfortons à l’idée de les revoir bientôt. Eh oui ! Pour ceux qui ne le savent pas encore, nous avons décidé quelque part au Laos de boucler la boucle durant une année encore puis de rentrer dans nos contrées helvétiques pour janvier-février 2017 après presque 3 ans à rouler notre bosse sur les chemins du monde. Préparez vos fanions !!!

De retour en ville, comme si elle avait été envoyée du ciel pour ne pas nous laisser nous morfondre sur notre sort, on retrouve Anita, une petite-cousine d’Anaïs qui est ici en retraite pour quelques jours. On rebondit donc en partageant avec elle la suite de notre journée, entre petits plats et discussions. Au fil de l’après-midi, l’ego de Gilles ne cesse de prendre de l’altitude car Anita ne cesse de s’exclamer « My god, Gilles, you look so handsome !!! ». Bon, 30 kilos de moins, ça aide à lisser les angles, ou plutôt les courbes ! Anaïs aura aussi son traitement de faveur puisqu’elle se voit invitée pour une journée spa et remise en forme en fin de semaine. Elle en ressortira propre comme un sou neuf et resplendissante, quelle gâtionne !!!

Notre séjour à Chiang Mai se prolonge bien au-delà de ce qui était prévu car nous sommes toujours dans l’attente de nos vélos… Il s’agissait d’abord de faire rayonner à neuf la roue arrière de Gilles sur laquelle 7 rayons avaient dû être remplacés depuis la Chine et de vérifier l’alignement de celle d’Anaïs. Mais après inspection, Nu, le mécanicien de Triple Cats Cycle nous annonce que nos moyeux à vitesses Rohloff ont du jeu au niveau de l’axe et que comme il n’est pas agréé à les réparer, il doit les envoyer à Bangkok chez la seule personne en Asie du Sud-Est ayant la certification nécessaire, Ma de Bok Bok Bikes. Mais celui-ci, après réception et démontage, nous annonce qu’il a besoin de pièces détachées et d’outils qui doivent être livrés depuis la maison mère en Allemagne. DHL se dépêche mais bien évidemment, Murphy oblige, il y a un jour férié bouddhiste pile au moment du dédouanement théorique du paquet… Les moyeux enfin de retour à Chiang Mai, Nu m’annonce qu’il ne garantit pas la solidité de la roue avec les spécifications de rayons que je lui avais données. Préférant ne pas avoir de mauvaises surprises lors de nos futures étapes sur Sumatra et en Patagonie, je lui demande de remplacer à nouveau tous les rayons. Mais ceux-ci doivent être livrés depuis Bangkok… En bref, on prend 8 jours de retard sur notre planning malgré la réactivité, le professionnalisme et les heures supplémentaires des deux mécaniciens impliqués.

On change donc nos plans en ralliant directement Bangkok en train pour se donner un peu de temps pour apprécier la côte et les îles, plutôt que de pédaler comme des dératés pour atteindre Phuket dans les temps. La sortie de Bangkok ne restera pas dans nos mémoires car on passe la journée sur une route à 4 voire 5 voies bidirectionnelles et on avale notre dose mensuelle de monoxyde de carbone en quelques heures sous un soleil de plomb. Mais depuis là, notre périple le long du Golfe de Thaïlande puis de la mer d’Andaman nous fera maintes fois nous exclamer « Trop dur la vie » tellement on s’est bien occupé de nous-même et tellement les opportunités de s’ébahir étaient nombreuses. On savait déjà qu’il était facile de voyager en Thaïlande, mais de le faire dans des paysages de carte postale, c’était presque pousser le bouchon de la jubilation et du plaisir au fond de la bouteille de Chang (une des bières locales).

Nous avons tout d’abord pédalé 6 jours, sur les petites routes au plus proche de la mer turquoise, dans les palmeraies ou sous les cocotiers, en dégustant omelettes, currys et riz sautés au crabe puis en reposant nos membres rendus luisants par la chaleur parfois accablante, ici dans une piscine, là dans les vagues tièdes du Golfe de Thaïlande, pour ensuite aller se vautrer bien au frais dans un bungalow accueillant. Puis nous nous sommes arrêtés deux jours dans un petit resort isolé, enfin 3 jours puisque le cuisinier français y était si talentueux et minutieux que l’on s’est obligés à y rester pour pouvoir explorer plus à fond son menu ! Nous avons ensuite rejoint Krabi en quelques étapes de plus de 100km. Sous le soleil de plomb mais avec heureusement des bars à café adéquatement placés !

Impossible d’être ici, dans ces paysages de rêve, et de ne pas s’offrir un tour dans les îles qui parsèment la mer d’Andaman. Ce sera donc en compagnie d’un couple suisse, ça ne s’invente pas, qu’on passera une journée kayaking-snorkelling-bronzing les yeux grand ouverts, entre les eaux turquoises, les plages de sable fin et les roches calcaires plongeant à pic dans la mer. Trop dur la vie !!!

Nos dernières étapes nous mènent sur l’île de Phuket, haut lieu du tourisme de masse auquel nous essayons tant bien que mal d’échapper. De toute manière notre programme n’a rien de très oisif puisqu’il nous faut nous préparer pour notre premier vol en avion depuis le début de notre aventure. Nous récupérons d’abord notre matériel de camping et de cuisine chez Jean-Chri, notre garde-meuble et hôte de luxe qui nous invitera pour une soirée cocktails-tapas dans le bar surplombant la côte du resort dont il est le manager. Puis c’est nettoyage de printemps et emballage de précision suisse pour ne pas dépasser le quota de poids autorisé.

Tout est paqueté, ficelé, ripoliné et on s’envole dans quelques heures pour cette nouvelle étape de notre périple que l’on zieute depuis un moment, le Japon. Atsushi (avec qui nous avions pédalé dans les montagnes kirghzes) et sa femme Yoko nous reçoivent chez eux, non loin de Tokyo, pour notre première semaine en immersion dans cette culture dont on connaît si peu. Vive le voyage, vive la découverte (et des températures plus clémentes…) !!!

À tantôt