Yoko & Atsushi

 

Atsushi, nous l’avions rencontré par hasard après la ville de Jalal-Abad au Kirgizstan, alors que nous pédalions avec Dave en direction des montagnes menant au lac Song-Kol (voir ici). Il venait de franchir les Pamirs au Tadjikistan, laissant derrière lui sa femme Yoko à Dushanbé avec qui il avait parcouru l’Ouzbékistan. Ces jours dans les montagnes kirghizes ont été parmi les plus durs physiquement de tout notre périple et autant dire que nous étions béats d’admiration devant ce papy japonais de 67 ans, sec et résistant comme une branche noueuse, qui endurait sans rechigner ces routes pénibles et ces côtes à la déclivité impressionnante. La dureté de ces étapes mais aussi la beauté environnante ont transformé ces quelques jours avec Dave et Atsushi en une véritable épopée qui a soudé entre ses protagonistes des liens particuliers.

Autant dire que nous avons avalé les 170km entre l’aéroport de Narita et la maison de Yoko et Atsushi à Takasaki avec une motivation toute particulière. D’autant plus que ce trajet a aussi été l’occasion de retrouvailles avec notre appartement pliable tout confort, notre tente, que nous n’avions pas utilisée depuis 7 mois et que nous avons enfin pu remonter le long de la rivière Tone, juste au bord de la piste cyclable. Ahhh des pistes cyclables, ça faisait longtemps !!! Bon, au vu de l’étroitesse des routes ici ce serait fort ennuyeux de ne pas en avoir. C’est d’ailleurs une des premières observations que l’on a faite tous les deux… Tout est petit au Japon comme une sorte d’antithèse de ce que l’on trouve de l’autre côté du Pacifique. Petites voitures, petite chambre d’hôtel, petits encadrements de portes, petites échoppes, comme une impression de se balader au milieu d’une maquette parfois … Mais si tout est petit, l’utilisation de l’espace est ici un art en soi, ou comment caser une botte de foin dans le chas d’une aiguille !

On digresse, on digresse !!!

Notre arrivée chez Atsushi, qui avait parsemé les derniers kilomètres de notre parcours avec des cartes fléchées (mais dont Gilles n’a vu que la dernière tellement il avait le nez dans son GPS), et les retrouvailles qui ont suivi avaient un air de fête. On s’est tout de suite sentis bien dans la maison en bois de ces deux baroudeurs au long cours (leur premier voyage à vélo date de 1993, en Suisse justement !!!). Nous avons été reçus comme des membres de leur famille et ça a été un plaisir de se faire chouchouter par Yoko et Atsushi pendant 5 jours. Cuisine maison (sushis, gyozas, et mille autres plats et ingrédients dont nous avons oublié le nom), balades culturelle ou sportive, virée en ville rondement menée par Atsushi notre organisateur en chef pour s’équiper pour notre voyage (banque pour les yens, outdoor shop pour une bonbonne de gaz et des attaches pour nos sacs, magasin d’électronique pour un chargeur pour notre ordinateur, librairie pour les cartes routières de référence Mapple (sur lesquelles, outre des milliers de commentaires utiles ou pas, sont indiqués les ô combien importants onsens (bains thermaux) qui nous seront si chers après nos journées de pédalage, au point d’en devenir une phase quasi-obligatoire)).

Malgré toutes ces activités, nous nous reposons bien et prenons des forces puisque nos hôtes nous laissent dormir chaque matin comme des adolescents, pour nous accueillir avec un petit-déjeuner fusion nippo-européen au réveil. Une autre coutume quotidienne à laquelle on prend un plaisir certain est la douche et le bain chaud chaque soir avant le souper (ce sera d’ailleurs les prémices de notre accoutumance aux onsens susnommés…). Les journées sont aussi rythmées par la planification de notre voyage dans le pays, avec les conseils et l’aide précieuse d’Atsushi qui connaît le pays comme sa poche et se renseigne au fur et à mesure sur l’état des routes ou les horaires des ferrys. Dire qu’il connaît le pays comme sa poche n’est qu’une très légère exagération : il possède en effet une bibliothèque de cartes couvrant tout le pays, sur lesquelles il a marqué en rouge les routes qu’il a déjà parcourues et notre première impression était qu’on ne voyait que des routes en rouge, au point de croire que c’était comme cela que les cartes étaient conçues !!!).

Leur compagnie était si agréable et la cohabitation si facile qu’on aurait facilement pu passer plusieurs semaines chez eux en oubliant que l’on voulait découvrir le Japon à vélo. Un immense merci du fond du cœur à vous deux, Yoko et Atsushi, pour nous avoir si bien accueillis et gâtés. Nous nous réjouissons d’ores et déjà de vous retrouver après notre virée au nord du pays.

Sayōnara et dōmo arigatō gozaimashita