En selle, les gloutons !

Un mois jour pour jour depuis notre dernier coup de pédales à Kuala Lumpur, et après s’être habillés d’une confortable nappe graisseuse pour parer aux températures patagones, nous troquons à nouveau notre douillette vie de sédentaires pour celle des dévoreurs de bitume ou autres revêtements. Nous devons réhabituer nos fesses au moelleux tout relatif de nos selles, ce qui ne va pas sans quelques grimaces en fin de journée… Nos cuisses et mollets aussi sont à rude épreuve car tant sur les rivages du Pacifique qu’au travers des forêts de la Cordillère de la Côte, cela fait longtemps qu’ils n’ont pas eu à subir des pentes si nombreuses et abruptes. Et ceci littéralement, puisque le verbe « subir », en espagnol, signifie monter ou gravir. À croire que ça nous est directement destinés ! Donc on subit, on subit, mais les paysages qui défilent devant nous compensent largement ces quelques considérations bassement mécaniques… Particulièrement lorsqu’au détour d’une colline, nos regards ébahis peuvent embrasser à l’infini un défilé de rondeurs tout en nuances de verts et du jaune des colzas, avec en arrière-plan la Cordillère des Andes qui se devine par ses volcans pointés de blanc.

La vie au grand air et la découverte des merveilles que la Pachamama nous offre à chaque virage et qui nous plongent dans un perpétuel envoûtement extatique, cela va nous manquer. Et cette pensée nous heurte chaque jour plus violemment, maintenant qu’est planifié l’arrimage au port qui a vu nos silhouettes disparaître à l’horizon un jour d’avril 2014. Parfois on se prend à imaginer comment ce sera de vivre à nouveau « comme avant ». Bien sûr, ce ne sera jamais « comme avant », le voyage nous a certainement changés, mais nous n’avons que peu d’appréhensions car comme pour notre départ, lentement préparé, intégré et digéré, nous avons en commun décidé de notre retour il y a déjà bien des mois. Et cette perspective, nous la voyons comme un nouveau projet, rempli d’incertitudes mais aussi d’accomplissements, dans la continuité de notre aventure commune ! Alors de temps en temps on se fait des scénarios, des listes d’envies, et on s’imagine parmi vous à nouveau, le cœur et les bras grand ouverts.

Mais pour l’instant on profite encore chaque jour de notre vie de nomades. On vient de franchir la Cordillère des Andes par le col Mamuil Malal, au beau milieu des volcans que l’on apercevait à l’horizon il y a quelques jours, et on fait une petite boucle argentine avant de retourner au Chili pour s’élancer enfin sur la Carretera Austral. Le printemps est là, les fleurs et les innombrables oiseaux nous accompagnent tout au long du chemin et nous fantasmons sur les paysages à venir que Vincent et Jess (blog) nous ont tant vantés !

À tantôt