Cap sur la Patagonie

 

Le spectacle continue après le passage de la frontière… De retour au Chili, on traverse un plateau montagneux où toute la végétation a été brulée par les cendres de l’éruption du volcan Cordón Caulle en 2011. Partout où l’on regarde, le sol est gris mais la nature commence à renaître et à donner des petites touches de vert à ce tableau bien sombre mais fascinant fait d’arbres nus aux reflets argentés alignés à l’infini et de lagunes aux eaux cristallines.

On zigzague ensuite dans la région des lacs qui nous rappelle souvent les paysages de notre belle Suisse, si ce n’est qu’il y a toujours la pointe blanche d’un volcan à l’horizon pour nous remettre les idées en place ! Le long du lac Rupanco, on a même droit à la vue simultanée de 4 d’entre eux (Puyehue, Puntiagudo, Osorno et Calbuco). Grandiose ! Plus loin, autour du lac Llanquihue, c’est dans un décor de cartes postales que nous longeons les rives, au milieu de villages bicolets où les noms aux consonances germaniques sont légions car c’est ici que nombre d’émigrés allemands se sont installés au milieu du 19ème siècle, dans un effort de colonisation du sud du pays par les autorités chiliennes.

Un dernier petit détour le long du fjord de Reloncavi et c’est à Caleta Puelche que l’on rejoint enfin la fameuse Carretera Autral ou Ruta 7, qui sera notre compagne et notre ligne directrice pour les prochains 1200 kilomètres. Et qui dit Carretera Austral dit cyclistes… On est encore en basse saison mais on y rencontre déjà du monde. Chacun voyage à sa manière et c’est toujours enrichissant d’écouter le parcours et les anecdotes des autres.

Tel Raoul, un jeune retraité français en voyage ici pour quelques mois, qui se plaît à cette vie simple qui tranche avec son passé de commercial habitué aux chambres d’hôtel et aux costards. Ou Shane (blog) et Michael, deux amis australiens et coureurs d’ultra-marathons qui comptent bien avaler les kilomètres à un rythme ultra-sportif jusqu’à Punta Arenas et avec qui nous partageons une nuit de camping à l’entrée du sublime et sauvage parc Pumalin. Mais aussi Iria, une espagnole qui voyage depuis 2 ans en Amérique du Sud en entrecoupant ses séances de pédalage par de menus travaux pour regonfler sa bourse. Mais celui qui nous marque le plus et nous fait lever les sourcils à chacune de ses histoires, c’est Javier. Lui aussi est espagnol et voyage depuis 2 ans avec une bicyclette trouvée dans une poubelle vénézuélienne et à laquelle il a redonné vie. Plus ou moins car ça fait 6 mois qu’il n’a pas de freins… C’est un adepte du minimalisme et on peut dire qu’il a poussé le concept à l’extrême, voir au-delà… Un sac à dos avec une tente non-imperméable, un sac de couchage usé et puant, un matelas de sol percé, quelques fringues et pièces de rechange à l’arrière et un panier à l’avant pour la nourriture. On le récupèrera d’ailleurs un après-midi, alors qu’on évitait la pluie dans une cabaña bien chauffée dans laquelle on avait passé la nuit alors que lui dormait au sommet d’un col, sous la neige et dans le froid, sous sa tente qui s’était transformée en étang ! Une douche chaude et nuit dans un lit ne lui feront pas de mal, même si cette glaçante aventure n’a en rien entamé sa bonne humeur. Mythique le Javier !!!

On partage maintenant nos journées avec Andy (blog), un anglais tout au début d’un long voyage qui devrait le mener en Alaska après avoir rejoint Ushuaïa. On l’a croisé juste avant d’arriver à La Junta et nous logeons dans le même hostel où nous allons devoir probablement passer 6 jours en tout car la météo est exécrable et ne s’améliore pas. Il nous rappelle nos débuts et on lui file nos tuyaux de vieux roublards au fur et à mesure des discussions. Et avec Eduardo, le proprio globetrotter, on est en bonne compagnie pour passer ces journées maussades comme à la maison.

À tantôt, avec du soleil on espère !