On a les yeux qui piquent…

 

…tellement cette portion de route entre La Junta et Puerto Rio Tranquilo est magnifique. C’est un spectacle renouvelé à chaque virage et on a l’impression que glaciers, montagnes et pics enneigés sont à portée de main tellement tout est proche de la route qui sillonne entre les parcs nationaux. Et l’on ne monte qu’une seule fois au-dessus de 1000 mètres… On continue notre jeu du chat et de la souris avec la météo mais notre marge confortable nous permet d’attendre bien à l’abri et au chaud quand le ciel se déchaîne. Pourvu que ça dure ! Car jusque là nous avons pu apprécier cette partie de la Patagonie en entier et nous n’aurions voulu en rater aucune miette, à posteriori.

Chaque kilomètre que l’on parcourt, on en est de plus en plus conscients, nous rapproche de la fin de l’aventure. Mais certains symptômes troublants nous font nous dire qu’on voyage à vélo depuis trop longtemps et qu’il est enfin temps de rentrer à la maison :  

veloparce que ton short fétiche qui t’a accompagné tout le voyage, et qui s’est vu maintes fois recousu,
est déchiré tout au long de la cuisse de bas en haut et que personne ici ne peut plus rien pour lui (Gilles) 

veloparce que tu sens, comme un Jedi, des opportunités de camping sauvage à tour de bras

veloparce que ta touffe de cheveux n’a plus vu l’ombre d’une paire de ciseaux depuis longtemps et ressemble de plus en plus à une botte de paille (Anaïs)

veloparce que tu as déjà essayé de changer de vitesse sur le caddie d’un supermarché

veloparce que tu te balades partout avec ton casque de vélo vissé sur la tête, comme s’il faisait partie de toi-même (Gilles)

veloparce que ton porte-babages a dû être ressoudé maintes fois, et qu’il y a de plus en plus de duct-tape et de brides plastiques pour faire tenir ton matériel

veloparce que quand tu fais ta lessive, tu as des réminiscences de la marée noire de l’Exxon Valdez

veloparce que tu portes le même caleçon troué bien au-delà du Migros-Data (Gilles)

veloparce que tes fesses se sont tellement faites à ta selle que l’on dirait un vieux couple

veloparce que tu perçois chaque chien comme une menace et que tu interpelles même les gentils en leur hurlant « Je ne suis pas ton ami !!! »

veloparce que manger à deux directement dans la casserole, en ayant même poussé le minimalisme jusqu’à ne plus faire de sauce séparée mais de tout y mélanger, te paraît le comble de l’efficacité

veloparce que tu ne veux pas que la musculature de tes jambes ne te fasse trop ressembler à un vieil olivier

veloparce qu’à force de vivre à deux 24 heures sur 24, il nous semble nécessaire de nous confronter à la réalité pour voir si nous ne sommes pas gagas

veloparce que tu veux ressentir le plaisir simple de la vie sans sacoches, où il n’est pas nécessaire de cliquer-ouvrir-cliquer-ouvrir-fermer-recliquer-fermer-recliquer pour avoir accès à n’importe lequel de tes artefacts

veloMais surtout, parce que cela fait longtemps que tu voyages, que tu as besoin de digérer tous ces moments, ces rencontres, ces images, ces émotions, et que ta famille et tes amis commencent à te manquer sérieusement

À vos agendas car la date de notre retour est fixée ! Après un vol de Santiago à Rome, une dernière étape gastronomique en Italie, un train et quelques détours, on posera enfin pied à St-Aubin, chez les parents d’Anaïs, le samedi 4 février 2017. Ça nous paraît encore un peu irréel, et c’est le moins que l’on puisse dire !!!

De plus amples informatons suivront…

À tantôt