Carretera Austral – The End

 

16 novembre | Puerto Rio Tranquilo – Quelque part sur les rives du Rio Baker | 75km
Nous longeons les rives du Lago General Carrera (son nom chilien) / Lago Buenos Aires (son nom argentin), qui est le deuxième plus grand lac d’Amérique du Sud après le lac Titicaca. Son bleu azur tranche avec les montagnes abruptes qui s’élèvent de sa rive sud et la beauté du paysage adoucit les innombrables ascensions de cette route côtière. Puis nous nous dirigeons vers Puerto Bertrand qu’un chilien nous a décrit comme ‘’le village des étrangers’’ ou de riches européens viendraient se poser en hydravion sur le lac du même nom. Nous nous voyons déjà déguster un cappuccino et une tarte au citron sur une petite terrasse au bord de l’eau… Mais notre conseiller a dû probablement voir trop de films. Ou est d’origine marseillaise. Point d’hydravions, point de terrasses, point de cappuccinos. Nous débarquons dans un village fantôme où nous avons de la peine à faire nos courses pour le lendemain. Point de pain non plus par ici… Nous faisons encore quelques kilomètres et campons au bord du Rio Baker, aux eaux cristallines mais glacées, ce qui ne nous empêchera pas de nous y doucher avant de se réchauffer au bord du feu.

17 novembre | Quelque part sur les rives du Rio Baker – Cochrane | 45km
Sur la route vers Cochrane, nous faisons une petite halte pour aller découvrir la confluence du Rio Baker et du Rio Nef dont les eaux glaciaires ont une couleur laiteuse. Le Rio Baker prend alors une teinte turquoise qui viennent trancher avec les roches brunes et rouges du canyon où il s’enfonce. Quelle merveilleuse portion de route à nouveau ! À Cochrane, nous retrouvons Raoul (FB), croisé tout au début de la Carretera Austral, et Patrick (blog), un compère français qu’il a croisé en route. Deux jeunes retraités qui roulent à un bon rythme et auxquels les routes de cailloux ne font pas peur ! Nous nous reposons deux nuits dans une petite cabaña bien proprette et pouvons enfin nous régaler des cappuccini et tartes au citron tant attendus. Le jardin de nos propriétaires est empli de morilles qui sèchent au soleil et qui proviennent des forêts alentour mais elles sont gardées comme le trésor qu’elles sont, bien que le prix auquel ils les vendent nous paraît dérisoire en comparaison de son coût en Suisse…

19 novembre | Cochrane – Quelque part sur les rives du Rio Vargas | 88km
Une longue étape car les campings où nous avions prévu de se reposer son soit fermés, soit inexistants… La route est magnifique mais il n’y a que marécages partout et comme notre tente n’est pas montée sur flotteurs nous continuons jusqu’à se poser au bord d’un pont d’où les voitures de passage peuvent admirer les fesses blanches de Gilles alors qu’il prend sa douche dans la rivière… Heureusement, pas de car de touristes à l’horizon, car la scène aurait pu choquer une prude mamie en train de se régaler de la nature patagone !

20 novembre | Quelque part sur les rives du Rio Vargas – Caleta Tortel | 38km
Nous faisons un détour et sortons de la Carretera Austral pour se diriger vers Caleta Tortel, un village de pêcheurs relié par la route depuis 2003 seulement et où aucune voiture ne circule. Dans une crique, le village est un entrelacs de passerelles et d’escaliers en bois. Heureusement pour nous, ainsi que pour Raoul et Patrick qui nous ont rattrapés, il existe une petite hospedaje tout en haut du village, juste à côté du parking. Nous nous y installons, ce qui nous évite de porter tout notre barda dans les escaliers qui mènent en bas du village où toute l’activité est concentrée. Relativement… Car c’est dimanche et presque tout est fermé et il n y a personne dans les rues, si ce n’est quelques touristes qui ont l’air perdus. Le seul supermarché ouvert, qui attend une livraison pour le surlendemain, n’a plus de coca, de bière, de lait, de fromage, de beurre… Les repas des prochains jours seront un peu plus frugaux !

21 novembre | Caleta Tortel – Quelque part sur les rives du Rio Sordo | 74km
Retour sur la Carretera Austral pour une étape épuisante avec plusieurs ascensions pas piquées des vers. Heureusement entrecoupée par une petite virée en ferry entre Puerto Yungay et Rio Bravo, gratuitement s’il vous plaît, car l’opérateur n’est autre que le gouvernement. De fait, c’est la seule possibilité pour rejoindre la dernière portion de la Carretera Austral qui mène à Villa O’Higgins. Bien fourbus, nous nous installons tous non loin de la route et d’une rivière qui fera office de douche ce soir. Nous sommes bientôt rejoints par Erasmus Betancour, un gaucho pas avare en anecdotes, qui débarque de derrière les buissons. On a droit aux histoires de pumas qui rôdent aux alentours, à quelques-unes de ses aventures personnelles, mais pas un de nous ne peut décrocher les yeux des couteaux qui pendent à sa ceinture. Celui de derrière aurait d’ailleurs plutôt la taille d’une machette… ‘’Celui-ci, c’est pour découper. L’autre, plus petit, c’est pour tuer !’’ Nous voilà rassurés !!! Mais il a un cœur en or et nous invite pour un petit café le lendemain car il habite une petite masure plus loin sur la route. Et il a sûrement envie de discuter encore un peu car il n’y a pas de café du commerce par ici !

22 novembre | Quelque part sur les rives du Rio Sordo – Villa O’Higgins | 70km
Après une dernière ascension, comme promis, nous faisons une pause café chez Erasmus et profitons de remplir nos gourdes dans le ruisseau d’eau pure en provenance du glacier juste au-dessus. Il vit ici, sans électricité ni moyens de communication et surveille quotidiennement ses troupeaux éparpillés sur des centaines d’hectares à l’aide de son cheval et de ses trois chiens. C’est une vie bien particulière et nous ne nous étonnons que peu lorsqu’il nous dit que sa femme s’est fait la malle !!! Sous une chaleur écrasante que nous n’entrevoyions pas puisqu’il neigeait ici il y a une semaine, nous arrivons ensuite à Villa O’Higgins, au bout de la Carretera Austral. Pour nous c’était un fantasme il y a encore peu, mais nous y sommes !!! Il y a ici une impression de bout du monde qui nous marque encore plus que lorsque nous étions à Ushuaïa il y a quelques années. Nous nous reposons au camping El Mosco pour 3 nuits avant une dernière étape pour repasser en Argentine.

25 novembre | Villa O’Higgins – Sur les rives du Lago del Desierto | 29km
Au menu du jour : 8 kilomètres pour rejoindre Puerto Bahamondez où un ferry nous attend pour nous emmener à travers le Lago O’Higgins vers Candelario Mancilla et le poste frontière chilien. Puis 21 kilomètres à vélo pour rejoindre les rives du Lago del Desierto où se trouve la gendarmerie nationale argentine. Rien de bien méchant me direz-vous… Sauf qu’il nous faudra 7 heures pour parcourir ces 21 kilomètres ! Les 15 premiers kilomètres, côté chilien sont abrupts et le revêtement nous empêche souvent de pédaler. Il nous faut donc pousser nos lourdes montures. Et dès la frontière passée, le chemin se mue en un sentier pédestre à travers la forêt qui nous ferait plus penser à un parcours d’obstacles qu’à autre chose. Rivières, boue, troncs en travers du chemin, chemins creusés où l’on passe à peine… Heureusement, nous sommes accompagnés par Patrick et cette épreuve se passera finalement dans l’entraide et la bonne humeur, les fous rires même ! Et en guise de récompense, après une petite douche glaciale, nous campons au bord du Lago del Desierto, avec une vue sublime. Ça, c’est fait !!!

Nous nous sommes reposés quelques jours ici à El Chalten au pied du Fitz Roy et reprenons notre route vers le sud demain. Plus de montagnes mais la pampa argentine à perte de vue et, espérons-le, des vents favorables !

À tantôt

 

P.S.: Merci à Patrick pour certaines des photos du sentier !